Archives de l'intime, dir. Colline Faure-Poirée, édition Yann Potin, textes de Françoise Dolto, Catherine Dolto, Muriel Djéribi-Valentin, Manon Pignot, Jean-Pierre Winter, Gallimard, 2008



La publication de ces archives marque un moment décisif dans la vie posthume de Françoise Dolto (1908-1988). Dans sa préface, sa fille Catherine, exécutrice testamentaire, revendique la place d'ayant droit / ayant devoir et revient sur la relation mère-fille, placée sous le signe de l'amour et de l'échange. Avec ses frères, elle a choisi, pour le centenaire de la naissance de Françoise Dolto, le 6 novembre 2008, de mettre à la disposition de ses lecteurs un impressionnant fonds d'archives personnelles que Françoise Dolto avait conservées et organisées : journaux intimes, correspondances, dessins de jeunesse, manuscrits scientifiques, agendas, quotidiens, albums de photographies, objets familiers, journal de naissance des enfants, dessins commentés de ces derniers... Dévoilées, retranscrites, ces archives permettent de dresser un portrait inattendu, accompagné de fragments d'un récit autobiographique inédit, au cours duquel Françoise Dolto commente son itinéraire personnel et sa vie intime. Le personnage de Boris Dolto, Russe de Crimée émigré, médecin fondateur de la kinésithérapie en France, apparaît ainsi à ses côtés comme compagnon essentiel d'une vie consacrée à saisir l'énigme de la maternité et de l'éducation et, au-delà, de la construction du sujet humain. L'ordre choisi par Yann Potin, historien et archiviste, est à la fois chronologique - l'enfance, les études, la rencontre de la psychanalyse et de l'amour, la maternité - et thématique - les signes d'identité, le corps et ses empreintes, la transmission familiale, l'écriture de soi, les origines imaginaires du moi. Les précieuses contributions de Muriel Djéribi-Valentin et de Jean-Pierre Winter, familiers de l'oeuvre, éclairent l'originalité de la pensée. Manon Pignot revient, quant à elle, en historienne, sur "l'enfance en guerre" de la jeune Françoise. L'ouvrage décline ainsi les différentes strates de la mémoire, à la recherche des traces de la vie intérieure au sein des documents d'archives rassemblés. Le travail scientifique de Françoise Dolto et sa pratique si singulière, l'expérience de la vulgarisation et de la médiatisation sont abordés à partir de ce paysage intérieur, comme une quête de l'universel et de l'altérité.

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Au jeu du désir, (1947-1973), Seuil, coll. « Essais cliniques », 1981 ; coll. « Points essais », 1988



On connaît de Françoise Dolto Psychanalyse et Pédiatrie, sa thèse de doctorat (1939), rééditée par le Seuil en 1971, en même temps que paraissait le Cas Dominique, cure psychanalytique d'un adolescent. D'autres essais psychanalytiques sont à paraître au Seuil. Au cours de sa carrière, Françoise Dolto a, par ailleurs, publié de nombreux articles dans des revues spécialisées, devenus aujourd'hui introuvables. Ce sont les principales de ces interventions qui ont été ici réunies. Ecrits théoriques et cliniques qui jalonnent le cheminement de sa carrière de psychanalyste d'adultes autant que d'enfants. Dans la diversité de ces essais est constamment étudiée la distinction entre besoins et désirs, si facilement confondus dans l'imaginaire tant de la mère et des éducateurs que de l'enfant en demande. Il apparaît clairement que le ressort de l'humanisation réside dans la reconnaissance du désir et non dans sa satisfaction : celle-ci n'étant accordée qu'aux besoins. Davantage : la maîtrise par l'adulte de son désir propre est la question à laquelle chaque enfant le soumet, tout au long de l'éducation. C'est à mettre au jour ces données essentielles et les impasses où le sujet se trouve, dès lors qu'on ne les reconnaît pas, que Françoise Dolto s'est efforcée dans son travail de recherche et de formation à la psychothérapie des enfants de nombreux psychanalystes, tant en France qu'à l'étranger.

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Autoportrait d'une psychanalyste, 1934-1988, (1988), texte mis au point par Alain et Colette Manier, Seuil, 1989 ; coll. « Points actuels », 1992



A quelques semaines de sa mort, Françoise Dolto évoque avec un entrain peu commun les traits saillants de son hisoire personnelle. Et ce qui est capital ici, c'est qu'il s'agit d'un dialogue avec un psychanalyste, d'un échange entre psuchanalystes. On retrouvera, bien sûr, les parents de Françoise, ceux qu'au fil du temps elle aaimés ou éconduits, ses grandes rencontres (Laforgue, Alain Cuny, Rostand, Lacan et surtout Boris Dolto). On la verra traiter des questions techniques de son métier, proposer une interprétation originale de la psychose et exposer quelques cas cliniques extrêmes. On l'entendra aussi conter ses intérêts extra-psychanalytiques : notamment la peinture et la révélation que fut pour elle la liturgie orthodoxe. Au fil de ses associations en étoiles, ce qui se dessine, c'est la singularité deu sujet Françoise Dolto.

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Destins d'enfants. Adoption, familles d'accueil, travail social, Entretiens, t. I, entretiens avec Nazir Hamad (1984-1986), édition établie et présentée par Colette Manier, Gallimard, 1995



En 1976, comme si elle sentait l'urgence de transmettre son savoir de praticienne de l'enfance, Françoise Dolto décide d'arrêter ses consultations privées pour se consacrer à la prévention, à la formation de psychanalystes et à l'écoute d'enfants recueillis en pouponnière. Depuis des années déjà, en véritable " militante de l'inconscient ", elle acceptait d'intervenir dans les crèches, les écoles, les institutions psycho-éducatives, partout où le message humain de la psychanalyse pouvait contribuer à servir la cause des enfants. Destins d'enfants nous laisse entendre Françoise Dolto dans deux temps forts de cette transmission, lors d'une conférence devant un public de travailleurs sociaux, et dans de longs entretiens avec Nazir Hamad, psychologue dans le cadre de l'Aide Sociale à l'Enfance, dont elle accompagne la réflexion sur l'adoption et les enfants placés dans des familles d'accueil nourricières ou adoptives. François Dolto aborde ici les thèmes essentiels des limites des rôles respectifs de chaque intervenant auprès des enfants et de leur famille, des limites du pouvoir de l'adulte sur les enfants, de la nécessité des castrations symboliques, et du rôle du désir dans la dynamique du sujet. C'est dans un rapport dialectique avec ceux-là mêmes, qui, engagés dans le travail social, ont la tâche de donner à ces enfants en souffrance un milieu tutélaire qui les soutienne à vivre dans le respect de leur histoire que Françoise Dolto élabore une véritable éthique du travail social, et au delà une éthique du désir.

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Dialogues québécois , (1983), édition réalisée avec la collaboration de Jean-François de Sauverzac, Seuil, 1987


Inconscient et destins, Séminaire de psychanalyse d'enfants, t. III, édition réalisée avec la collaboration de Jean-François de Sauverzac, Seuil, 1988


Jeu de poupées, « La poupée-fleur » (1949 et 1964) par Françoise Dolto, suivi de « Poupées de fertilité et figurines d'argile » (1960) par Pierre Roumeguère et Jacqueline Roumeguère-Eberhardt, textes choisis, présentés et annotés par M. Djéribi-Valentin, Mercure de France, coll. « Le Petit Mercure », 1999



Une enfant gravement atteinte d'une névrose narcissique guérit par l'intermédiaire d'un transfert sur une étonnante poupée-fleur inventée par sa psychanalyste, Françoise Dolto. En pays bantou, des poupées de fertilité et des figurines de cire accompagnent les petites filles dans leur initiation à leur rôle de femme et de mère. Deux éclairages passionnants qui permettent d'approcher le jeu énigmatique des poupées.

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L'enfant dans la ville, (1987), texte établi et annoté par Muriel Djéribi-Valentin, Mercure de France, coll. « Le Petit Mercure », 1998



Un enfant citoyen, autonome, confiant en lui-même, délié dans son corps et dans sa tête, disponible au jour le jour pour communiquer avec les autres de manière aussi créative que possible, cela se prépare depuis le plus jeune âge. Dès le moment où le nouveau-né est «déclaré à l'état civil, petite personne devenant homme, devenant femme, avec un nom à porter toute sa vie, [il] est un être promis à la parole. C'est par elle, tout en usant des mots d'autrui, qu'il se distingue.» Il incombe aux adultes qui l'entourent de veiller sur cette entrée dans le monde relationnel, des échanges et de ces lois, celui des valeurs subjectives et objectives qui introduit l'enfant à la possibilité de son autonomie en société.

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L'enfant du miroir , (1985), Françoise Dolto et Juan David Nasio, Rivages, 1987 ; Payot, coll. « Petite bibliothèque Payot », 1992


L'enfant, le juge et la psychanalyste, (1986 et 1987), Entretiens, t. 3, entretiens avec Andrée Ruffo, Gallimard, 1999


L'image inconsciente du corps, Seuil, 1984 ; coll. « Points essais », 1992



Il ne faut pas confondre l'image du corps avec le schéma corporel. Le schéma corporel spécifie l'individu en tant que représntant de l'espèce : il est, en principe, le même pour tous. L'image du corps, en revanche, est propre à chacun : elle est liée au sujet et à son histoire. Support du narcissisime, elle est éminemment inconsciente. C'est l'incarnation symbolique du sujet désirant. Sur la base de ce concept, et en s'appuyant à chaque instant sur l'expérience analytique, Françoise Dolto suit l'élaboration de l'image du corps, phase après phase, en montrant que, chaque fois, le pas est franchi par une castration. Ce qui l'amène aussi à décrire la pathologie de l'image du corps, laquelle est, chaque fois, un échec de la symbolisation : autant dire une insuffisance du langage adressé à l'enfant et un manquement de l'interdit.

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La cause des adolescents, (1988), Robert Laffont, Pocket, 1997


La cause des enfants, (1985), Robert Laffont, Pocket, 1985



Jamais, peut-être, n'avait-on parlé d'une façon aussi belle et aussi juste de l'enfant. De sa vérité, de son désir. Confrontée à un collectif d'enquête sur de multiples sujets : la représentation de l'enfant dans l'Histoire, sa place dans notre société, l'accueil à la naissance, l'école, Françoise Dolto, à travers son propre passé, son expérience de psychanalyste d'enfants, de mère de famille aussi, réagit. À sa manière habituelle, énonçant des vérités parfois difficiles à entendre, défendant jusqu'au bout la cause des enfants contre une éducation qui pervertit par excès de protection, contre le culte de la norme unique, la soumission aux modes du jour, l'imposition du modèle parental. Toutes ses réponses sont guidées par une seule idée : en respectant l'enfant, on respecte l'être humain.

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La difficulté de vivre , (1948-1980), Articles et conférences, t. IV, édition revue et présentée par Gérard Guillerault, Gallimard, 1995



" Dans les textes que j'ai réunis ici, il sera surtout question de l'enfant, de ses difficultés de développement et des manières de les vaincre. Il y sera question aussi de ses parents, de leurs angoisses, de leur façon de s'occuper de l'enfant, de le guider dans sa vie. Les parents se posent aujourd'hui nombre de problèmes, ils doutent d'eux-mêmes. C'est tout à fait normal, étant donné la rapidité de l'évolution de la vie sociale, le déclin des valeurs qui, pour les parents, étaient jadis des valeurs sûres et qui ne le sont plus du tout à l'époque actuelle. Alors, ils n'ont plus, comme autrefois, confiance en eux, parce qu'ils ne savent pas quel avenir ils préparent à leur enfant ". " On m'a souvent posé la question de savoir si la psychanalyse peut tout expliquer. Pour ma part, je crois qu'elle est là non pas pour " tout expliquer ", mais pour aider ceux qui se sont enlisés dans la répétition par refoulement de leurs désirs : les aider à sortir du même sillon du disque de leur vie, qui est en train de tourner sur place. Elle est là pour que la vie reprenne ses droits ". " La cure analytique met à jour les motivations inconscientes : si, à cause de ce qui se passe dans son inconscient, un être humain souffre, c'est en " parlant " sa souffrance qu'il va sortir de sa difficulté. La parole, c'est cela la découverte de la psychanalyse ; la parole comme médiatrice de tout ce qui se passe en nous de douloureux, à partir du moment où elle peut être dite et écoutée, parlée et assumée ". Françoise Dolto

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La vague et l'océan, séminaire sur les pulsions de mort, Séminaires, t. I, (1970-1971), édition établie, annotée et présentée par Colette Manier, avec la participation d'Élisabeth Kouki, Gallimard, 2003



«L'océan, mettons que c'est l'espèce humaine. Chaque vague est un individu qui va au maximum de ses possibilités d'expression et qui, à l'acmé de sa force, retombe dans la non-différenciation de la masse de l'océan. C'est cette rentrée dans l'indifférenciation [...] qui représenterait, au moment où s'amorce la chute de la vague, les pulsions de mort.» Telle est la métaphore que Françoise Dolto développe pour dynamiser, guider sa réflexion, et transmettre sa pensée. C'est l'étude des enfants et des psychotiques qui l'a conduite à s'intéresser aux pulsions de mort. Elle les analyse, pour la première fois dans ce séminaire inédit, à travers les différentes manifestations que sa pratique clinique lui a permis d'observer : dans leur lien ou leur dé-liaison avec les pulsions de vie, à chaque niveau de structuration de l'image du corps, avant ou après la castration primaire. Les pulsions de mort gravent ainsi, selon leurs impacts, le destin psychique de tout sujet. Françoise Dolto apporte ici une contribution décisive au concept de pulsions de mort introduit par Freud en 1920, dont elle étaye, précise et prolonge la portée psychanalytique.

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Le cas Dominique , (1967), Seuil, coll. " Le champ freudien ", 1971; coll. " Points essais ", 1974


Le dandy, solitaire et singulier, textes (1962 et 1986) choisis, présentés et annotés par Muriel Djéribi-Valentin, Mercure de France, coll. « Le Petit Mercure », 1999


Le féminin, (1959-1988), Articles et conférences, t. V, édition établie, annotée et présentée par Muriel Djéribi-Valentin et Élisabeth Kouki, Gallimard, 1998



L'originalité de ce recueil, dans lequel sont réunis des textes souvent inédits, c'est de donner, en marge de l'essai majeur Sexualité féminine paru précédemment dans cette collection, des avancées théoriques, des éclairages et des variations sur ce thème central de la pensée de Françoise Dolto. Les mythes de la féminité et les fantasmes au féminin, le maternel, le masochisme féminin, le désir inconscient de procréer, le féminin et les institutions, le corps et le coeur, le désir et l'amour sont autant de sujets qui permettent à Françoise Dolto d'esquisser la trajectoire de ce destin féminin d'une libido qui n'est jamais statique, mais toujours en mouvement.

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Le sentiment de soi. Aux sources de l'image du corps (1956-1978), Essais, t. III, édition établie, annotée et présentée par Gérard Guillerault, Gallimard, 1997



L'apport le plus marquant de Françoise Dolto à la théorie psychanalitique est le concept d'image inconsciente du corps. La première théorisation de cette notion, centrale dans son oeuvre, date des années 1956-1958. Ce sont les textes inauguraux de cette élaboration conceptuelle qui sont présentés ici. L'image du corps est ce par quoi l'enfant acquiert une idée de lui-même, une représentation qui est l'amorce du sentiment de soi par lequel le petit humain construit son identité. Cette image se met en place dans les relations parents/enfants, et principalement dans la relation primordiale à la mère, dès le début de la vie, y compris in utero. Quand ce jeu interrelationnel se passe mal, cela peut avoir des conséquences pathologiques et entraîner des régressions graves. A travers les cas de Lionel et de Marie-Louise, Françoise Dolto nous montre comment, dans la relation de transfert à l'analyste, l'image du corps est révélée par les dessins et les modelages que font les enfants. Le travail psychanalytique permet alors de déchiffrer les failles de la structuration du sujet qui sont à l'origine de sa souffrance, et d'y porter remède.

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Les chemins de l'éducation, (1946-1987), Articles et conférences, t. II, textes recueillis, annotés et présentés par Claude Halmos, Gallimard, 1994 ; coll. « Folio essais », 2000


Les étapes majeures de l'enfance, (1946-1988), Articles et conférences, t. I, textes recueillis et annotés par Claude Halmos, présentés par Catherine Dolto, Gallimard, 1994 ; coll. « Folio essais », 1998


Les évangiles et la foi au risque de la psychanalyse, ou la vie du désir, (1977), Entretiens, t. II, Françoise Dolto et Gérard Sévérin, Gallimard, 1996


Les images, les mots, le corps, (1986), Entretiens, t. IV, entretiens avec Jean-Pierre Winter, Gallimard, 2002



Le malentendu créé autour de l'enseignement de Françoise Dolto par sa médiatisation rend nécessaire de revenir aux origines de sa vocation, à ses maîtres, à ceux dont elle a tant appris, les enfants, et aux rapports entre son travail clinique et sa théorie. Françoise Dolto répond ici aux questions que soulèvent ses élaborations (l'image inconsciente du corps, les castrations symboligènes, la psychose infantile, le statut métaphysique du sujet, etc.), mais aussi ses prises de position (l'enfant maltraité confronté à ses tortionnaires, la Shoah). Ainsi peut-on refaire le parcours d'une enfant compassionnelle devenue une psychanalyste de renom, en passant par une femme avant tout médecin mais intensément préoccupée par la portée métapsychologique et éthique de sa pratique freudienne. Aujourd'hui encore, les difficultés qu'elle a rencontrées à l'écoute de l'inconscient de ses patients, bébés, enfants et adultes, ne nous apparaissent pas résolues mais les voies qu'elle ouvre restent toujours subversives tant pour le grand public que pour ses collègues psychanalystes. Cet entretien peut être lu comme une contribution à une relecture attentive d'une oeuvre théorique et clinique de la plus haute importance, qui reste à découvrir.

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Lettres de jeunesse, Correspondance 1913-1938, textes réunis et annotés par Colette Percheminier, édition revue et augmentée, Gallimard, 2003



À cinq ans, Françoise Marette, dite «Vava», est déjà une épistolière. Depuis Deauville où elle passe ses vacances en compagnie de ses frères et soeur, et Mademoiselle sa gouvernante, elle reçoit des lettres de sa famille auxquelles elle répond avec vivacité et cocasserie. Jours tranquilles, très vite obscurcis par la guerre qui emporte un de ses correspondants, l'oncle Pierre, son jeune parrain, avec qui elle se croit «fienser» et qui, en mourant, la laisse «veuve de guerre» à huit ans. Plus tard, la mort de Jacqueline, la soeur aînée, plonge la mère dans un deuil impossible qui la rend «injuste avec son autre fille», lui ravissant ainsi «dix ans de jeunesse». Les lettres se font alors l'écho du combat mené par la jeune fille qui se cherche, s'oppose, se construit, avec l'énergie, la clairvoyance que nous lui connaîtrons, rompant des fiançailles convenues, s'accrochant à des études de médecine «visées depuis l'enfance», entreprenant une analyse, et se retrouvant, comme elle l'écrit à son père, le soutien de toujours, dans une longue lettre qui fait le bilan d'une jeunesse, «pas du tout "fofolle", pas du tout "aigrie", "pas putain", "pas intellectuelle", pas laide non plus et pourtant pas mariée (...), femme qui te fait honneur - tout autant qu'à ma mère (...) femme à trente ans et prête à donner ma vie comme on donne un cadeau».

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Lorsque l'enfant paraît, t. I, II et III, Seuil, 1977, 1978, 1979 ; coll. « Points », 1999


Mère et fille. Une correspondance, 1914-1962, lettres choisies et présentées par Muriel Djéribi-Valentin, notes de Muriel Djéribi-Valentin et Colette Percheminier, Mercure de France, coll. « Le Petit Mercure », 2008



« Il me semble qu'il arrivera sûrement un jour où tu oublieras tes déceptions d'éducatrice devant ta fille qui te paraît à tort en opposition avec toi et qui n'est que différente, avec les dons que tu lui as donnés, qui t'aime et t'estime à la fois comme une fille le peut vis-à-vis de sa mère et vis-à-vis d'une femme qu'elle juge à sa valeur. » Cette lettre du 28 septembre 1935 de Françoise Dolto à sa mère Suzanne Marette est édifiante. Les relations des deux femmes ont toujours été complexes et leur correspondance sur près de cinquante ans en témoigne. Mais grâce à son travail et à la psychanalyse, Françoise Dolto aura su traverser le « halo d'opacité hostile » qui la maintenait prisonnière avec sa mère. Et elle le fit, comme elle ne cesse de le répéter et de le lui écrire, en ressentant une grande compassion pour sa mère dont elle comprenait la souffrance de fille.

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Naître ... et ensuite ?, textes principaux de Françoise Dolto, Dominique Girodet, Etienne Herbinet ... [et al.], (Cahiers du nouveau-né, 1-2), Stock, 1991


Parler de la mort, (1985), texte établi et annoté par Muriel Djéribi-Valentin, Mercure de France, coll. « Le Petit Mercure », 1998


Parler de la solitude, (1975), textes choisis et présentés par Élisabeth Kouki, Mercure de France, coll. « Le Petit Mercure », 2005


Parler juste aux enfants, (1977 - 1981), entretiens avec Danielle Marie Lévy, Mercure de France, coll. « Le Petit Mercure », 2002


Paroles pour adolescents ou le complexe du homard, (1988), avec Catherine Dolto, en collaboration avec Colette Percheminier, Gallimard-Jeunesse Giboulées, 2003 ; coll. « Folio junior », 2007


Père et fille. Une correspondance, 1914-1938, lettres choisies et présentées par Muriel Djéribi-Valentin, notes de Muriel Djéribi-Valentin et Colette Percheminier, Mercure de France, coll. « Le Petit Mercure », 2001


Psychanalyse et pédiatrie, (1939), Seuil, 1971 ; coll. « Points essais », 1976



Cet ouvrage veut avant tout sensibiliser les lecteurs à la dimension de l'inconscient dans les troubles du développement des enfants - troubles tant somatiques que caractériels, affectifs ou intellectuels. Après un bref exposé de la théorie freudienne, on trouvera un compte rendu clinique de seize cas d'enfants suivis en consultation psychologique dans un hôpital général : la mise en lumière de ce qui s'est passé dans ces séances de psychothérapie rendra patente au lecteur l'articulation de la pratique et de la théorie.

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Quand les parents se séparent, en collaboration avec Inès Angelino, Seuil, 1988



Ce livre n'est pas un essai de technique analytique et ne contient pas de cas cliniques ; mais tout ce que j'y avance est fondé sur mon expérience clinique. Des parents, dont certains avaient gâché leur vie conjugale [...], ont pu analyser avec moi le retour de refoulement de leur enfance, lié à la séparation de leurs propres parents et au silence imposé à ces épreuves. C'est pourquoi ce livre est écrit et pour les parents et pour leurs enfants. C'est en quelque sorte un livre de citoyenne, psychanalyste de métier qui, on le sait, s'intéresse à ce que peut être la prévention des difficultés dues aux souffrances inconscientes des enfants ; souffrances toujours articulées au non-dit ou à un mensonge implicite, fussent-ils maintenus au nom du «bien» de l'enfant.

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Séminaire de psychanalyse d'enfants, tome 1, édition réalisée avec la collaboration de Louis Caladaguès, Seuil, collection "Essais", 1991



Des psychothérapeutes posent à Françoise Dolto des questions relatives à des cas précis qui leur posent problème. Sur le simple exposé du cas, Françoise Dolto intervient avec une maîtrise saisissante : établissant des analogies avec des cas semblables, repérant les résistances du thérapeute lui-même et donnant des indications sur la marche à suivre. L'analyse d'enfants requiert l'écoute d'un langage qui n'est pas toujours verbal. Pour comprendre un enfant, il faut lui faire représenter par des dessins ou des modelages ce qu'il a à dire. Françoise Dolto éclaire ces questions et guide les jeunes psychanalystes dans ce travail particulièrement difficile : comment amener les enfants à s'exprimer? Comment respecter la relation de l'enfant avec ses parents tout en poursuivant la cure qui, pour ces derniers aussi, est souvent éprouvante. L'on comprend alors qu'un enfant, même très jeune a déjà un long passé : le sien, plus celui de ses parents.

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Séminaire de psychanalyse d'enfants, tome 2, édition réalisée avec la collaboration de Louis Caladaguès, Seuil, collection "Essais", 1991



Le deuxième volume du Séminaire de Françoise Dolto est centré sur l'éthique de la psychanalyse d'enfants : c'est-à-dire sur le respect de l'enfant comme sujet capable d'assumer sa souffrance et son désir. L'exigence éthique de Françoise Dolto oriente toute sa clinique : repérer la place du sujet dans ce qu'il dit (son dire, son discours), écouter la parole de l'enfant prise dans son symptôme, dans le discours de ses parents, voire dans la cacophonie généalogique. Sont présentés en alternance : les réponses de Françoise Dolto aux questions que lui posent les thérapeutes sur la pratique et les récits de cure tirés de sa propre expérience. Sont traités, entre autres, dans la série des textes techniques, le déroulement des entretiens préliminaires ainsi que les critères de la fin d'une psychothérapie, la question du cadrage d'un traitement et celle du paiement symbolique. La plupart des exemples cliniques sont exceptionnels en ce qu'ils vont au-delà des frontières habituellement reconnues comme étant celles de l'analysable.

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Séminaire de psychanalyse d'enfants, tome 3, édition réalisée avec la collaboration de Jean-François de Sauverzac, Seuil, collection "Essais", 1991



La plupart des cas réunis ici sont proprement sidérants ; et ce, non en raison du caractère spectaculaire du symptôme (le symptôme, c'est toujours de l'incongru), mais du fait de l'inouï que Françoise Dolto a entendu, et de son étonnement devant les effets que libère son écoute. Partant du mot destins, qui n'est en rien individuel, puisque l'inconscient est formé de l'histoire de trois générations au moins, Françoise Dolto s'interroge sur le devenir de la psychanalyse. Il serait nécessaire de questionner dans la postérité d'un sujet - ses enfants, ses petits-enfants - l'incidence du travail analytique d'une génération à l'autre, afin de démarquer la psychanalyse du culturel et du discours social.

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Sexualité féminine. La libido génitale et son destin féminin (1969-1985), Essais, t. II, édition établie, annotée et présentée par Muriel Djéribi-Valentin et Élisabeth Kouki, Gallimard, 1996



«Je souhaite intéresser ici les lecteurs au témoignage d'une femme sur les femmes. Sous le titre général de La libido génitale et son destin féminin, je vais essayer, dépouillant le mot destin de ses résonances fatales, magiques ou déterministes, de témoigner en femme, en mère et en psychanalyste pratiquant de puis plus de vingt ans des faits d'observation que j'ai pu glaner concernant la sexualité dans son développement chez les filles, ne retenant ici que les traits que j'ai pu rencontrer chez le plus grand nombre.» A partir de cette expérience clinique très riche, Françoise Dolto explore le cheminement dynamique, de la naissance à la vieillesse, d'une libido au féminin, elle en suit les manifestations dans la vie érotique et passionnelle, dans la relation à l'autre et à la famille, déployant pour ce faire toutes les harmoniques du désir et de l'amour.

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Solitude (1962-1985), Essais, t. I, édition revue, augmentée et présentée par Gérard Guillerault, Élisabeth Kouki, Colette Manier et Alain Vanier, Gallimard, 1994 ; coll. « Folio essais », 2001



«La solitude m'a toujours accompagnée, de près ou de loin, comme elle accompagne tous ceux qui, seuls, tentent de voir et d'entendre, là où d'aucuns ne font que regarder et écouter. Amie inestimable, ennemie mortelle - solitude qui ressource, solitude qui détruit, elle nous pousse à atteindre et à dépasser nos limites.» La solitude caractérise le petit humain dès la naissance et le place dès lors dans une dépendance radicale à Autrui. Se référant constamment à ses rencontres cliniques et aux faits de sa vie privée, Françoise Dolto déploie une grande fresque de l'histoire du sujet, de l'origine à la fin. La plupart des grands thèmes de son oeuvre y sont présents, avec des variations sensibles de ton et de temps, car ce livre polyphonique traverse plus de vingt ans de sa recherche.

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Tout est langage, Articles et conférences, t. III, (1984), édition revue et présentée par Claude Baldy-Moulinier, Gérard Guillerault et Élisabeth Kouki, préface de Gérard Guillerault, Gallimard, 1994 ; coll. « Folio essais », 2002



«Il me paraît qu'un travail comme celui-ci éclaire, mieux que les écrits théoriques, beaucoup de personnes engagées dans le travail social avec des jeunes en situations difficiles. J'espère faire comprendre ainsi le rôle du "parler vrai", le vrai tel que ces adultes le communiquent à des enfants qui, non seulement le désirent inconsciemment, mais ont besoin de la vérité et y ont droit, même si leur désir conscient lorsqu'ils s'expriment en paroles, à l'invitation des adultes, préfère le silence trompeur qui génère l'angoisse, à la vérité, souvent douloureuse à entendre mais qui, si elle est parlée et dite de part et d'autre, permet au sujet de s'en construire et de s'en humaniser.» Françoise Dolto affirme ici la nécessité en toutes circonstances - le divorce, la mort, la circoncision, l'adolescence, l'adoption, etc. - du parler à l'enfant : c'est souvent jusque dans et par son corps que l'enfant exprime ce qu'il ne peut parfois signifier autrement.

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Une vie de correspondances, 1938-1988, édition établie, annotée et présentée par Muriel Djéribi-Valentin, Gallimard, 2005



Dès son âge enfantin, Françoise Dolto prend le pli d'écrire des lettres à ses parents, à ses proches, à ses amis. Cela fait partie de son éducation. Elle s'y adonne, sous le contrôle de sa gouvernante, avec un charme, une vivacité, un style, qui feront d'elle une grande épistolière. Cet art de vivre deviendra très vite un art de penser. À côté des intimes, des intellectuels, des artistes, apparaissent les grandes figures de la psychanalyse, Rudolph Loewenstein, Marie Bonaparte, René Spitz, et plus tard Daniel Lagache, Serge Leclaire, Wladimir Granoff, Maud Mannoni, et surtout Jacques Lacan, le compagnon de route. Puis viendront les «suivants», jeunes analystes à qui elle se fait un devoir de transmettre, et enfin tous ceux qui lui demandent conseil et auxquels elle répond toujours de longues lettres attentives. Ainsi dans ces lettres passent, en marge de son oeuvre théorique et clinique, les interrogations, les incertitudes, les débats, les intuitions qui parfois s'élaborent dans d'éblouissants face-à-face avec ses interlocuteurs. Mais, au-delà de cet extraordinaire témoignage sur l'histoire de la psychanalyse et de ses institutions, cette correspondance, à la façon d'un journal intime, révèle un aspect plus secret de sa personnalité, montrant dans des lettres plus personnelles combien sa vie familiale (son mari, Boris Dolto, et ses enfants) a enrichi sa réflexion. Souvent, Françoise Dolto se dit comme «arrachée à elle-même par trop de gens, trop de choses». Trop de lettres à écrire ? «Je sais bien que je dois faire quelque chose pour avoir la dignité de vivre, écrit-elle à son indéfectible ami le comédien Alain Cuny, et que je suis faite pour répandre une certaine paix, pour laisser dans mon sillage calme les êtres blessés se reposer de leurs tempêtes en se laissant flotter.»

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